8 applications pratiques de l'IA en agriculture

Illustration 3D teal-violet de petits robots surveillant des cultures avec vision et drone.

8 applications pratiques de l'IA en agriculture

De la détection automatisée des parasites et maladies des cultures à la pulvérisation ciblée ou au tri des récoltes, voici comment la vision par ordinateur révolutionne l’agriculture et l’alimentation.

Les rendements, la qualité des productions et les méthodes culturales n’ont plus grand-chose à voir avec celles d’il y a cinq siècles – ni même cinquante ans. Pourtant, le secteur reste confronté à des défis immenses.

La population mondiale devrait frôler les 10 milliards d’individus d’ici 2050, tandis que la demande alimentaire pourrait bondir de 35 à 56 % sur la même période. Sans compter les effets du changement climatique, qui réduisent les ressources en eau et en terres arables.

Heureusement, une nouvelle solution émerge : l’intelligence artificielle.

Entre la surveillance des cultures et des sols par vision par ordinateur, la détection précoce des maladies ou l’analyse prédictive, l’agriculture entre dans une ère inédite. Et cette transformation ne repose pas seulement sur un potentiel théorique : elle s’accélère, portée par un intérêt et des investissements croissants.

  • Forbes estime que les dépenses mondiales dans l’agriculture « intelligente » – incluant IA et machine learning – devraient tripler pour atteindre 15,3 milliards de dollars d’ici 2025.
  • Les études prévoient que le marché de l’IA agricole affichera un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 20 %, pour atteindre 2,5 milliards de dollars d’ici 2026.

Et ce n’est qu’un début.

Dans cet article, nous explorons les technologies d’IA les plus prometteuses qui redéfinissent déjà le secteur.

Voici ce que nous aborderons :

  1. Surveillance des cultures et des sols
  2. Détection des insectes et des maladies des plantes
  3. Surveillance de la santé du bétail
  4. Pulvérisation intelligente
  5. Désherbage automatique
  6. Relevé aérien et imagerie
  7. Classement et tri des produits
  8. L’avenir de l’IA en agriculture : les agriculteurs, ingénieurs en IA ?

Surveillance des cultures et des sols : l'œil infaillible de l'IA

Partons d’un constat simple : sans sol fertile, pas de récolte abondante ni de qualité. Les micro et macronutriments qu’il contient déterminent directement la vigueur des cultures et, in fine, le rendement.

Une fois les semis en terre, le suivi des stades de croissance devient tout aussi stratégique. Comprendre comment les plantes interagissent avec leur environnement permet d’ajuster les pratiques culturales pour maximiser leur santé – et donc leur productivité.

Problème : jusqu’ici, l’évaluation de la qualité des sols et de l’état des cultures reposait sur l’œil humain. Une méthode aussi subjective que lente, et qui laisse peu de place à la précision.

Aujourd’hui, les drones (UAV) prennent le relais. Équipés de capteurs haute résolution, ils survolent les parcelles pour capturer des données aériennes. Ces images, une fois traitées par des modèles de vision par ordinateur, offrent une surveillance intelligente et en temps réel des cultures et des sols.

L’IA analyse ces données avec une acuité inégalée, permettant de :

  • suivre l’état sanitaire des cultures en continu,
  • anticiper les rendements avec une marge d’erreur minimale,
  • repérer les carences nutritionnelles bien avant qu’elles ne deviennent visibles à l’œil nu.

Mieux encore : ces modèles alertent les agriculteurs sur des problèmes spécifiques, leur donnant les moyens d’agir sans délai. Une révolution pour une agriculture plus réactive et plus précise.

Surveiller la maturité des cultures

Contrôler à la main les stades de croissance des épis de blé ? Un cas d’école pour l’agriculture de précision, où l’IA excelle pour alléger les tâches répétitives.

Les chercheurs ont relevé le défi en compilant trois années d’images de blé, capturées sous des éclairages variés et à différents stades d’épiaison. Résultat : un « mécanisme de détection d’épi de blé grossier à fin en deux étapes », conçu pour la vision par ordinateur.

Le modèle a fait mieux que l’œil humain, identifiant avec précision les phases de croissance. Plus besoin, pour les agriculteurs, d’arpenter quotidiennement leurs champs.

Autre exemple : évaluer la maturité des tomates à l’échelle industrielle. Une gageure… sauf pour l’IA.

Une équipe a exploré le potentiel de la vision par ordinateur pour détecter le degré de maturité des tomates. Leur algorithme a analysé la couleur de cinq zones distinctes du fruit, puis a estimé son stade de maturation à partir de ces données.

Le bilan ? 99,31 % de détections et de classifications réussies. Une performance qui parle d’elle-même.

Surveiller la croissance et la maturité des cultures reste un défi exigeant pour les exploitants. Mais l’IA en prend désormais une large part, avec une efficacité et une précision redoutables.

Frapper juste avec la vision par ordinateur

Revenons à l’enjeu du sol : une étude récente a exploré la capacité de la vision par ordinateur à analyser sa texture et sa teneur en matière organique (MOS).

Traditionnellement, évaluer un sol suppose de prélever des échantillons, de les expédier en laboratoire et d’attendre des résultats – une procédure longue et gourmande en ressources. Les chercheurs ont testé une alternative : utiliser les images capturées par un microscope portable low-cost pour entraîner un algorithme à reproduire ces analyses.

Résultat ? Le modèle a estimé la teneur en sable et en MOS avec une précision équivalente à celle d’un protocole de laboratoire classique.

La vision par ordinateur ne se contente donc pas d’alléger la charge des tâches manuelles en surveillance des cultures et des sols : dans bien des cas, elle les exécute avec une efficacité supérieure à celle des humains.

Détection des insectes et des maladies des plantes

On a exploré comment la vision par ordinateur permet d’évaluer la maturité des cultures ou la qualité des sols. Mais quid des aléas du terrain, bien moins prévisibles ?

L’apprentissage profond, appliqué à la reconnaissance d’images, change la donne. Désormais, on automatise la détection des maladies et des ravageurs. Le principe ? Des modèles entraînés à classifier, repérer et segmenter les anomalies visuelles pour surveiller la santé des plantes en temps réel.

Éloigner les pommes pourries : évaluer la gravité d’une maladie

Un cas concret illustre parfaitement cette approche : une étude sur la pourriture noire des pommes – une maladie que, soyons honnêtes, nous préférerions tous éviter.

Les chercheurs ont entraîné un réseau de neurones convolutif profond à partir d’images de pommes atteintes, annotées par des botanistes selon quatre stades de gravité distincts.

Comme dans les exemples précédents, l’alternative à la vision par ordinateur repose sur des heures d’analyse et d’évaluation manuelle, fastidieuse et coûteuse. Heureusement pour les producteurs, le modèle développé dans cette étude a identifié et classé la gravité de la maladie avec une précision de 90,4 %.

D’autres chercheurs ont poussé l’exercice plus loin en adaptant un algorithme YOLO v3 pour détecter simultanément plusieurs maladies et ravageurs sur des plants de tomates.

Équipés d’un simple appareil photo numérique et d’un smartphone, ils ont capturé des images dans des serres locales, couvrant 12 cas différents de pathologies ou d’infestations.

Une fois le modèle entraîné sur ces clichés – aux résolutions et tailles d’objets variables –, il a atteint une précision de 92,39 % pour la détection des maladies et ravageurs, le tout en 20,39 ms seulement.

Un résultat qui parle de lui-même.

Traquer les bugs avec du code

Vous voulez savoir si vos cultures abritent des parasites ? La vision par ordinateur peut vous le dire. Mais aussi combien ils sont – et ce, sans filet ni loupe.

Cerise sur le gâteau : ça marche aussi pour les insectes volants.

Parce que les attraper un à un sur des plaques engluées, puis les compter à la main, relève plus de la corvée que du plaisir.

Pour tester leur approche, des chercheurs ont d’abord posé un piège collant afin de capturer six espèces d’insectes aériens et d’enregistrer des images en direct. Leur méthode s’appuie ensuite sur deux briques :

  • une détection et un comptage approximatif via YOLO (un modèle de détection d’objets) ;
  • une classification fine et un comptage précis grâce à des machines à vecteurs de support (SVM), nourries de caractéristiques globales.

Résultat ? Leur système distingue abeilles, mouches, moustiques, papillons de nuit, hannetons et mouches des fruits avec 90,18 % de précision, et les dénombre avec 92,5 % de fiabilité.

Preuve que la vision par ordinateur, dopée à l’IA, a de beaux jours devant elle pour veiller sur la santé de nos systèmes alimentaires. Moins de temps perdu, moins d’erreurs humaines – et une surveillance aussi rigoureuse qu’avant.

Surveillance de la santé du bétail

Jusqu’ici, nous avons surtout parlé des cultures. Pourtant, l’agriculture ne se résume pas au blé, aux tomates ou aux pommes.

Les animaux en sont un pilier tout aussi essentiel – et ils demandent une vigilance bien plus soutenue que les plantes. La vision par ordinateur peut-elle suivre des vaches, des poulets ou des porcs en mouvement ?

Si elle repère une mouche, une vache ne devrait pas lui poser problème.

Prenez CattleEye : une entreprise qui mise sur l’IA pour révolutionner l’élevage. Leurs caméras aériennes et leurs algorithmes analysent en continu la santé et le comportement du bétail.

Plus besoin qu’un éleveur soit aux côtés de chaque animal pour détecter un problème. Désormais, la surveillance s’effectue à distance, en temps réel, et alerte l’agriculteur dès qu’une anomalie est repérée.

Et les bovins ne sont qu’un début. La vision par ordinateur permet aussi de :

  • Compter les animaux, identifier les maladies, repérer les comportements anormaux et suivre les moments clés comme les mises bas.
  • Exploiter les données issues de caméras ou de drones (UAV).
  • Croiser ces informations avec d’autres technologies pour informer les éleveurs sur la santé de leurs troupeaux, leur accès à l’eau ou à la nourriture.

Les algorithmes sont entraînés à décrypter les images : ils distinguent si les poulets boivent, mangent, dorment… ou adoptent une attitude inhabituelle, signe potentiel de maladie ou de stress.

La pulvérisation intelligente, une révolution ciblée

On sait désormais que la vision par ordinateur détecte les problèmes en agriculture. Mais son vrai pouvoir ? Les anticiper.

Les drones équipés de cette technologie automatisent la diffusion d’engrais ou de pesticides, avec une régularité impossible à atteindre manuellement. Leur force ? Une reconnaissance en temps réel des zones à traiter. Résultat : les pulvérisateurs aériens ajustent leur trajectoire et leur dosage au mètre près. Moins de gaspillage, moins de risques pour les cultures, les humains, les animaux et les nappes phréatiques.

Pourtant, tout n’est pas encore parfait. Couvrir de vastes parcelles avec plusieurs drones reste un casse-tête : coordonner leurs trajectoires et répartir les tâches entre eux relève du puzzle logistique.

Mais la pulvérisation intelligente n’a pas dit son dernier mot.

Des chercheurs de Virginia Tech ont conçu un système révolutionnaire. Des pulvérisateurs à servomoteur, guidés par la vision par ordinateur, repèrent les mauvaises herbes en temps réel. Une caméra embarquée enregistre leur position exacte, analyse leur taille, leur forme et leur couleur, puis libère la dose d’herbicide strictement nécessaire – et uniquement là où c’est utile.

En clair, c’est un désherbage de précision. Contrairement à un Terminator aveugle, ce système épargne les cultures et l’écosystème grâce à une précision chirurgicale.

Le désherbage nouvelle génération

Les pulvérisateurs intelligents ne sont pas les seuls à se lancer dans la lutte contre les adventices. D’autres robots, équipés de vision par ordinateur, optent pour une approche plus radicale : éradiquer les mauvaises herbes sans détour.

Détecter une plante indésirable, c’est bien. Mais pour soulager vraiment l’agriculteur, l’IA doit aller plus loin : repérer et éliminer. Une double compétence qui change la donne.

En supprimant physiquement les mauvaises herbes, ces systèmes réduisent à la fois la charge de travail et la dépendance aux herbicides. Résultat : des exploitations plus vertes, plus durables, et des coûts maîtrisés.

Quand les robots passent à l’action

La détection d’objets excelle pour identifier les adventices et les différencier des cultures. Mais le vrai progrès naît quand la vision par ordinateur s’allie à l’apprentissage automatique pour créer des robots désherbeurs autonomes.

Prenez BoniRob : ce robot agricole scanne les champs avec des caméras et un algorithme de reconnaissance d’images. Une fois une mauvaise herbe repérée, il l’élimine en enfonçant un poinçon dans le sol.

Son secret ? Un entraînement sur des milliers d’images, où il apprend à distinguer les feuilles des cultures de celles des indésirables – taille, forme, couleur. Ainsi, il parcourt les rangs sans risquer d’endommager les plants utiles.

Et si ces robots multitâches profitaient de leur présence sur le terrain pour en faire plus ? Des chercheurs planchent déjà sur des prototypes capables de désherber et d’analyser l’humidité du sol.

Leur mission : éliminer les adventices tout en ajustant l’irrigation au plus près des besoins. Les tests sont prometteurs : taux de classification et d’élimination des mauvaises herbes dépassant les 90 %, avec une humidité du sol maintenue à 80 ± 10 %. De quoi étoffer sérieusement le CV des robots agricoles.

Surveillance aérienne : l’œil dans le ciel

À ce stade, difficile de s’étonner que la vision par ordinateur révolutionne aussi l’arpentage et la surveillance des cultures. Pourtant, son impact reste majeur pour l’agriculture de précision.

Grâce aux drones et aux satellites, l’IA analyse les images pour alerter les agriculteurs en temps réel. Une anomalie dans les champs ou les troupeaux ? Ils le savent avant même d’avoir posé le pied sur place.

Autre atout : optimiser la pulvérisation des pesticides. Comme évoqué plus haut, cibler précisément les zones infestées limite le gaspillage – et préserve à la fois le portefeuille et l’écosystème.

Classement et tri des produits

La vision par ordinateur ne rend pas service aux agriculteurs qu’au champ : elle les accompagne aussi après la récolte.

Comme elle détecte maladies, défauts ou parasites pendant la croissance, elle peut tout aussi bien séparer les produits irréprochables des autres – ceux qui présentent des imperfections ou qui s’éloignent des standards esthétiques.

En analysant taille, forme, couleur et volume des fruits et légumes, elle automatise le tri et le classement avec une précision et une rapidité qu’aucun opérateur humain, même expérimenté, ne saurait égaler.

Le produit parfait

Prenez les carottes : un tri fastidieux, traditionnellement effectué à la main. Des chercheurs ont pourtant mis au point un système automatisé qui, grâce à la vision par ordinateur, écarte celles qui présentent des défauts de surface ou une forme inadéquate.

Une carotte « idéale » ? Celle qui épouse un profil régulier (un « polygone convexe »), sans racines fibreuses ni fissures. Sur ces trois critères, le modèle a atteint des taux de précision de 95,5 %, 98 % et 88,3 % respectivement.

Autre exemple, plus classique : la tomate. Une étude montre qu’un algorithme d’apprentissage automatique, nourri de données visuelles et de sept caractéristiques clés, évalue sa qualité avec une fiabilité de 95,5 %.

Dans les deux cas, le gain de temps et d’effort est colossal. Il suffit d’apprendre à l’IA à reconnaître une carotte ou une tomate « parfaite ».

L’avenir de l’IA dans l’agriculture : et si les agriculteurs devenaient ingénieurs en IA ?

Depuis toujours, la technologie a servi l’agriculture pour gagner en efficacité et réduire la pénibilité du travail. De la charrue à l’irrigation, du tracteur aux outils d’IA d’aujourd’hui, cette évolution accompagne l’humanité depuis les débuts de l’agriculture.

Aujourd’hui, c’est la vision par ordinateur, de plus en plus accessible et abordable, qui s’apprête à marquer une nouvelle étape décisive.

Face aux bouleversements climatiques, aux pressions environnementales et à l’explosion des besoins alimentaires mondiaux, l’intelligence artificielle a le pouvoir de révolutionner l’agriculture du XXIe siècle en :

  • Optimisant le temps, le travail et les ressources.
  • Renforçant la durabilité écologique.
  • Rendant l’allocation des ressources plus précise et réactive.
  • Offrant un suivi en temps réel pour garantir la qualité et la santé des cultures.

Cette transition ne se fera pas sans adaptations. Les savoir-faire des agriculteurs devront s’enrichir de compétences en IA, ce qui suppose des investissements accrus dans la formation et les infrastructures technologiques du secteur.

Mais l’agriculture a toujours su innover. Vision par ordinateur et robotique ne sont que les derniers outils à sa disposition pour répondre à la demande alimentaire mondiale et renforcer la sécurité des approvisionnements.


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